OBSERVATIONS GENERALES SUR LE NOUVEAU PROGRAMME SCOLAIRE DU CYCLE COLLEGIAL EN MATIERE DE FRANÇAIS
Par : LAMSALLAK Said

Rabelais disait que « le champs de l’éducation est un domaine où il faut savoir perdre du temps pour gagner ». Chez nous au Maroc, le temps, nous en avons peut être beaucoup perdu. Est-ce-que nous en avons gagné quelque chose ?
C’est la grande question qui livre toute une société à des réflexions excessives sur l’avenir du processus de l’enseignement/apprentissage dans notre pays.
Depuis la Charte nationale, en passant par le Plan d’urgence pour arriver à la Vision stratégique ; il parait clairement que toutes les innovations pédagogiquesentreprises avaient le souci de contribuer au décollage du processus enseignement/apprentissage pour éviter qu’il soit en déphasage par rapport aux évolutions souhaitables. Et c’est dans ce contexte-là que le ministère de tutelle a procédé à un certain nombre de changements des programmes scolaires à travers des étapes espacées relatives au parcours éducatif national.
Le nouveau programme scolaire en matière de français au cycle collégial s’apprête à entre autres remarques pédagogiques et méthodologiques à savoir :
• Pour la 1ère année :
Comme c’en est toujours le cas, la 1ère année du collègerevêt une importanceparticulière :elle doit tenir compte du cycle précèdent et aider l’apprenant à s’intégrer dans le nouveau cycle collégial. Et c’est à travers les compétences visées et les moyens linguistiques que la 1ère année fait apparaitre la progression du niveau inférieur à savoir la 6ème année du primaire. Nous pensons, donc, que le nouveau manuel présente un apport qui se cristallise à partir d’une sensibilisation approfondie à la typologie textuelle), à partir aussi d’une grande importance accordée à la conceptualisation et un élargissement plus ou moins satisfaisant des horizons socio-culturels de l’élève.
Ce sont-là presque les mêmes apports qui résident dans l’ancien manuel, sauf que le nouveau livre appuie ; en quelques sortes ; ses propos sur la question de l’environnement d’une façon quelque peu exagérée !
Aucun grand changement au niveau des supports didactiques proposés pour identifier les genres textuels notamment du conte ; du récit légendaire ; du fait divers et du compte-rendu ; à l’exception des numéros de pages. Remarque ; donc ; qui légitimise la question : « quelle valeur ajoutée ; le nouveau manuel a-t-il rajoutée ? ».
Cette constatation est réversible sur presque l’ensemble des textes relatifs à la 2emepériode consacrée à la description dont les supports suggérés sont étrangement quasi semblables avec ceux de l’ancien manuel . ( comparez les deux corpus de la page 88 et 92 qui préludent à la leçon du « groupe nominal » ; et où on a changé le nom d’Henri d’ Effiat par celui de Sarah Zaki. La seule différence enregistrée d’ailleurs entre deux textes composés de six lignes ! !.) .
Le contenu didactique concernant « l’oral et le projet » demeure à notre avis, quelque peu désadapté, car la plupart des thèmes nestimulent pas la curiosité de l’élève (surtout en montagnes) et ne lui facilitent pas l’acquisition d’une compétence de communication orale et écrite. C’est le cas du projet du « fait divers » qui présente à ce stade, la parfaite illustration de ce mauvais choix auquel nous avons fait attention pour proposer enfin à nos élèves ici au collège du Prince Hériter de travailler sur « l’instruction d’un dossier complet relatif au traitement d’un problème environnementallocal » : (la grande voirie municipale ; l’assainissement, le nettoyage des toilettes à l’école ; l’abattage des arbres séculaires dans la forêt du voisinage … etc.), chose qui a débouché sur une motivation surprenante des élèves.
• Pour la 2eme année :
Ce programme, à l’exclusion de quelques supports didactiques proposés notamment en matière de lecture, n’a pas subi de grands changements. Nous louons bien le fait d’avoir conservé la mêmerépartition semestrielle qui s’articule autour de deux centres d’intérêt fondamentaux à ce stade de l’apprentissage à savoir : les Médias et le Théâtre, ces deux mondes enrichissants vu la diversité et la variété de leurs formes : Les médias-par leur progressionvertigineuse – stimule chez l’apprenant l’idée que le monde est en train de se mouvoir vers la découverte de l’inconnu, voire même du mystérieux ; mais aussi, le père des arts est là pour fertiliser son imaginationà travers la mise en scène d’échanges simples et complexifiés. Presque, donc, aucune réserve à faire quant au manuel de la 2eme année, qui- avec ces deux grands thèmes- contribuera certainement au développementintégral de l’adolescent collégial, lequeldéveloppement qui lui permettrait d’acquérir les réflexes d’un apprenant actif et responsable. Ce sont-là les conclusions heureuses dont nous avons éprouvé les effets sur notre expérience avec la majorité des anciens élèvesavec qui avions travaillé dans l’ancien manuel.
• Pour la 3eme année :
En ce qui concerne « la langue », on peut facilement remarquer qu’elle est très peu mise en exergue durant le 1er semestre. Le moment où les recommandations pédagogiques stipulent que les activités de langue font découvrir et appliquer à l’élève les règles de fonctionnement de la langue, on constate bizarrement que l’orthographe et la conjugaison qui répondent à des besoins constants chez lui, sont quasi-absentes. Une absence qui pourrait frelater ses capacités d’assimiler peut être des leçons beaucoup plus complexes du 2eme semestre : (l’hypothèse, la condition et pire encore celle de « la concordance des temps » si elle n’était pas éliminée de ce parcours) !
Pour ce qui est de « la lecture » ; il est vrai-certes- que le nouveau parcours présente un lien fédérateur entre la 3eme année et le tronc-commun avec un programme basé sur le genre littéraire de « la Nouvelle », puisque l’élève sera affronté à plusieurs ouvrages signés par quelquesravageurs de plume ; une fois qu’il sera admis dans la classe supérieure : Maupassant ; Mérimée ; Gautier… Mais, il serait beaucoup plus adéquat à notre modeste avis de travailler avec les élèves sur un seul texte (une seule Nouvelle) , ce qui permettrait de bien maitriser les différentes techniques narratives relatives au genre : « la concentration dramatique ; le retentissement de l’impensable ; l’ellipse narrative ; la chute… ». C’est-à-dire qu’un seul texte ou le travail sur un seul support donne plus de possibilités d’analyser et comprendre le genre dans sa plus large dimension littéraire par un élève de 3ème année peu habitué à la lecture du moins de ce type d’ouvrage. Cela pourrait être efficace au lieu d’un saupoudrage d’extraits et de fragments qui risquerait de dérouter les élèves quant à la bonne acquisition de l’ensemble des informations didactiques et pédagogiques relatives à ce qu’on appelle communément une « Nouvelle ».
Pour nous ; en définitif au collège du Prince Héritier ; on essaiera de privilégier toujours les activités et les exercices qui visent une participation active de chaque élève au sein des groupes que nous avons déjà constitués dès le début de l’année. On donnera certainement une importance saillante aux jeux de rôle à l’oral et à la communication comme nous le faisions depuis toujours.
Pour la lecture, nous avons opté – dans le souci de donner un sens à l’apprentissage et à l’étude de la « Nouvelle » – pour le travail sur un seul ouvrage à savoir celui de « les souris » de Dino Buzzati. C’est la Nouvelle la plus courte ( 3 pages) comparée à « le Horla » ; « le Chevalier double » ; ou encore « la Chambre bleue » … qui dépassent parfois 20 pages.. Par ce choix – là ; nous espérons réussir notre projet d’écriture avec nos élèves et réaliser effectivement un enseignement fonctionnel reflétant le souci de mettre à profit certaines habitudes d’apprentissage tout en préservant les aspects socioculturels de la langue à l’oral comme à l’écrit.

• Point de vue sur la 1ère de couverture du manuel .
J’aimerais terminer ces remarques sur la page de couverture du parcours destiné aux élèves de la 3eme année.
L’image demeure souvent le support fertile d’expérimentationidéologique ; parfois de désorientation intentionnelle pour diverses raisons. Rappelons-nous en l’occurrence cette fameuse image d’une lampe qui figura sur la page de couverture d’un ancien manuel de l’éducation islamique juste après que le PJD eut pris les rênes du gouvernement marocain, et qui fut corrosivement critiquéeà l’époque. De mêmece qui s’annonce clair, c’est que l’apprenant-objet visé d’un savoir transcendantal d’une transformation calculée, se trouve victime d’enjeux le dépassant, de programmes subis, d’approches contradictoires et de thématiquesoù il ne se reconnait pas du tout.
C’est pourquoi le choix des programmes scolaires dans leurs plus larges dimensions pour une génération à éduquer, à former et à conscientiser, doit être toujours au centre des préoccupations grandes à entourer de soins attentifs, de vigilance, de filtration fine pour inculquer aux futures générations un bon savoir ouvert et non un savoir archétypaltéléguidé.
L’image dans le manuel de français de la 3eme année du collège constitue un motif de prédilection de canalisation mentale et conceptuelle de l’élèvequi-face à elle- se trouve éberlué et privé d’éléments ; combien difficiles à acquérir ; de compréhension, d’analyse et d’intériorisation.
Dans ce « parcours » combien court, l’élève des hautes montagnes se fixe décontextualisé ; étranger dans un programme national repensé visant, pourtant, l’homogénéité intégrative !
Eprouvant, déjà, des difficultés énormes quant-aux notions élémentaires de la languefrançaise, l’élève montagnard dans son imaginaire, acquérantle nouveau manuel, se trouve banni et refoulé. Nul indice iconique ne l’inscrit à tort ou à raison dans la nouvelle maquette d’un programme qui se veut national.
L’intention communicative de l’image se heurte en lui à un barrage d’interrogationssur l’ensemble d’un référentiel iconique qui lui échappe, le dépasse, l’ignore en tant qu’entité culturelle, sociétale et existentielle. Le discours dénotatif et connotatif de cette image le bloque dans le mutisme total.
Les codes culturel, idéologique et civilisationnel transmis par cette image lui sont étranges, lui qui fait face à l’âne-way, aux avalanches de neige assassines, aux ravins dangereux, aux pistes impraticables, aux pluies torrentielles charriant villages, bêtes, bonbonnes de gaz, et corps amputés. Lui qui face à l’absentéismeexagéré des enseignants, et de l’indifférence de certains d’entre eux à enseigner dans des « Goulags soviétiques » dit-on, se moque-t-on !.
Cette image – là détruit son milieu socio-affectif et crée des écarts et des déviations du discours pédagogique et didactique scolaire.
Ainsi ; la donne scolaire restera-t-elle pour lui durablement hypocrite déroutante, ésotérique et insaisissable.
Le grande port de Tanger, le TGV, le tramway, le pont suspendu …tout cela est au nord et ne lui signifie rien. Un signifiant national sans signifié pour lui.
Le non-dit idéologique ; le « tu » et l’implicite scolaire oblitérait le regard de l’élève montagnard qui ne comprendra rien, ni même le geste insaisissable du personnage debout qui salue ou montre des doigts… ?
Il faut nécessairement signaler la déconcertation des parents et des enseignants (surtout dans notre académie régionale)qui avaient dû supporter les malaises d’un démarrage scolaire entravé par le retard coutumier dans la distribution et l’édition du nouveau programme. On ne savait pas à quel saint se vouer durant un assez longtemps pour entamer un « parcours » qui peine à commencer, surtout lorsqu’on sache que la plupart des enseignants travaillent encore sur l’ancien « heure de français » ou autre ; vu que la note ministérielle qui en propose l’usage n’est arrivée à quelques collèges en montagne qu’après le 6octobre 20017 ! Une attente qui a trop dérangé tout le monde. Allez donc, interroger les parents avant les enseignants sur l’impact négatif de ce retard-là sur leur moral, et regardez comment ils prennent ce changement tardif non pré-déclaré pour une opération stimulée par aucune motivation autre que commerciale et lucrative !…

En définitif, il faut en finir avec ces amusements insensés à chaque changement de programme scolaire. Ces retards coutumiers ne font que « gâter la cervelle » des apprenants par des indécisions malsaines, et ne font que plonger les enseignants dans une baignoise d’embarras, surtout que l’examen régional pourrait déboucher cette année sur de mauvaises surprises relatives au contenu des énoncés.. (A suivre…).